Par Pierre-Jean BLAZY Le 09/10/2018
La chaleur du jour monte aux cieux, pour laisser le soir entrer.
La grande salle du château, en beauté, est trop petite pour tous vous accueillir, mais le hall ouvre ses bras et permet de ne pas perdre un seul des mots de Colette Gibelin:
Est-ce bien nous
ce tremblement fragile du ciel
ce rire évanoui?
Nous sommes brèches, éclats,
explosions éphémères
Les creux laissés par nos corps
sur la plage
se sont remplis de sable
plus d'une fois
(...)
Les oiseaux se sont tus
la terre est aux abois
infiniment sèche
infiniment écorchée
rêvant à des ruisseaux de lait
des floraisons de miel
La voix de Colette Gibelin est ample et claire. Elle emplit les âmes d'émotions vécues et sublimées. Le piano d'Akil Djan chante, sous l'étreinte des doigts de la jeune artiste.
Ne refuse pas l'infini,
son gout d'ailleurs,
Il n'a pas de contours,
pas de marge où se taire
Il t'explose au visage
Il brule dans tes veines
On dirait l'aube
on dirait le commencement de toutes choses
et, toujours,
leur incessant naufrage
dans les remous du temps
Le voyage continue, qui fait fuir les oiseaux de malheur.
Une fleur d'épine noire devient automne indécent, dans le roulement miraculeux des mots et des notes.
Nul ne peut retenir la lumière
Source et blessure
Elle court et dévore le temps
Ce qui s'achève ne cesse pas
Ne cède pas
Un écoulement
d'eau, de sang
le jour va se tarir
Il déchire l'ombre
Le crépuscule est au rendez-vous. Les mélodies d'Akil Djan font rêver les vieilles pierres, et les vers scandés de Colette Gibelin réveillent tout ce que l'été avait endormi.
Toute splendeur éclate
comme les bulles de savon
Toute douleur aussi
Le fracas et la faim
le tumulte d'amour
s'effacent sans retour
Il faudra tout refaire
Ô mes enfants
Ô mes amis
Jetez les fumées et les pièges
Jetez l'ombre et les sortilèges
Encerclez le soleil
pour des noces de lumière
Et demain reviendra
Place désormais à vos écrits de l'été. Vous voici, souriant ou pleurant ces mots et ces chants, face à un public nombreux et ravi, devant tant de diversité et de fraicheur.
Madeleine-Marie Davaine,
Maryse Dutouya,
Laurenne Nocq,
Roger Régo,
Bernard Féraud,
Mendy Raynaud,
Jean-Pierre Haase (texte et chant),
Irène Leneuveu (chant),
Elisabeth Leneuveu (chant),
Muriel Brosset,
Pierre Kozlowski (texte et chant),
Maria Salamone,
Michel Orion (chant) et
Patrice Alzina s'emplissent de vos applaudissements nourris et heureux d'enfin se retrouver.
Mais l'on ne peut se quitter sans les chants superbes du baryton mouansois Roland Baroni, accompagné par Akil Djan.
Là, c'est debout que la salle comble manifeste sa joie, avant l'apéritif offert à tous et le buffet de fin d'été, inventés par nos mains pour prolonger nos retrouvailles.
Une dernière fois, dans le secret du château, la nuit reconnaissante vient caresser nos âmes.
Pierre-Jean Blazy